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Les différents domaines

L’utilisation simultanée d’un fondant routier et d’un abrasif

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publié le 18 décembre 2006 (modifié le 7 janvier 2013)

L’utilisation simultanée de fondant et de sable dans des proportions variables est une technique lourde à mettre en oeuvre (préparation du mélange, stockage de composants, main d’oeuvre, réactivité lors d’un traitement urgent , etc.) et soulève divers problèmes :

1- Les abrasifs utilisés sur la neige ou le verglas ne permettent pas de donner à la surface routière un niveau d’adhérence suffisant qui permettrait d’en faire un substitut aux fondants routiers conventionnels. De nombreuses communications dans les divers congrès AIPCR en font la démonstration. Par ailleurs, le mariage du sel et d’un abrasif va à l’encontre des objectifs recherchés. En effet le traitement aux abrasifs consiste généralement à assurer un "cloutage" de la surface glissante (neige tassée ou verglas). Lui associer un fondant provoque un enchâssement bien plus profond du "clou", voire sa disparition totale dans la pellicule de neige ou de glace sans pour autant en assurer sa fusion (la quantité de sel étant de fait réduite). Enfin la couleur de l’abrasif (propriété radiative du clou)fait que sous l’ensoleillement diurne celui-ci s’enchâsse irrémédiablement, ce qui nécessite de nouveaux traitements pour donner une rugosité nouvelle à la glace ou à la neige tassée qui n’a pas fondu.

Carrière sable
2- L’utilisation simultanée d’un fondant routier et de sable dans une saleuse portée nécessite au préalable l’étalonnage du matériel. Le DORSA (Dispositif d’Optimisation de Réglage des Saleuses) développé par le SEMR permet le contrôle et l’étalonnage d’une épandeuse. Cependant, chaque produit fondant solide possèdant des propriétés physiques distinctes (granulométrie, coulabilité...) il conviendra donc de procéder à un étalonnage du matériel à chaque changement de produit fondant utilisé. Si l’épandeuse est amenée à épandre indisctinctement du NaCl en grains ou de l’urée/sable cela complique singulièrement le traitement.

3- Plusieurs études montrent que le traitement des routes à l’aide d’abrasifs est aussi à l’origine d’une production de poussières (abrasion par le trafic des sables ou graviers utilisés)de taille inférieure à 10 µm génératrice de problèmes de santé publique (inhalation par les usagers). Ces abrasifs étant de surcroît élaborés à partir de granulats siliceux, il y a génération de fines (cristobalite, quartz et tridymite) lesquelles font l’objet d’une surveillance rapprochée dans le domaine professionnel (cf. décret n°976331 et arrêté du 10 avril 97 / ministère du travail et des affaires sociale). La France a été enquêtée il y a quelques années par la commission européenne sur ce sujet, car certains pays comme le Japon venait de prendre la décision d’abandonner l’usage des pneus à crampons et des abrasifs pour cette raison de santé, et de passer strictement au sel.

4- Sur un plan strictement opérationnel, les quantités d’abrasifs à répandre pour obtenir un minimum d’adhérence se chiffre en centaines de grammes par mètre carré (à comparer à nos 10 à 30 g de NaCl). Nous sommes donc dans un rapport de 10. Par exemple, dans le cas où il s’agit de 50% de sable et 50% de fondant routier, un doute important peut être émis quant à la pertinence d’un tel traitement.

5- Sur le plan des études récentes en matière de développement durable, la quantité d’énergie pour élaborer un abrasif est double de celle pour produire un fondant de type NaCl ce qui fait que la production carbone correspondante est du même ordre de grandeur (Cf. Recherches actuelles menées par l’ERA 31 avec le LCPC dans le cadre de l’écobilan route : construction / exploitation / Cf. communication allemande à Turin AIPCR VH). Si on y ajoute ensuite la production carbone lié au transport (cf. rapport de l’ADEME) on s’aperçoit que tout milite pour l’usage d’un produit de traitement à forte efficacité pour le volume (masse) le plus réduit possible.
Se pose ensuite le problème de la disponibilité nationale en matière d’abrasifs, et les conséquences qu’auraient l’ouverture de nombreuses carrières en matières de développement durable.
Le recours à tout autre matériaux « subnormaux ou atypiques » (cendres, mâchefers d’incinération, sables secondaires, etc.) est aussi à proscrire : la route n’est pas une poubelle et de nombreuses directives européennes (cf. directives récentes de février 2006) interdisent tous rejets de certains métaux lourds contenus dans ces abrasifs atypiques dans les eaux superficielles de la communauté.
Nous n’avons pas le coût énergétique pour produire l’urée technique, il est vraisemblable que son coût supérieur à celui du NaCl est en partie justifié par cela.

6- Plusieurs études récentes conduites par l’École polytechnique fédérale de Lausanne sur ce thème (présentation par M Gruaz lors d’Interoute 2004) montre que par ailleurs ces abrasifs fixent une partie des métaux lourds et que certaines réglementations suisses obligent les services à une opération de ramassage et de traitement de ces abrasifs avant mise en décharge. Le Quebec suit le même chemin avec des investigations sur les particules formées qui absorberaient différents métaux lourds, des composés chimiques et des colloïdes néfastes pour les milieux aquatiques.

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